Points clés
- La mortalité périnatale a dépassé 11 pour 1 000 naissances en France en 2024, selon une étude de la Drees.
- L’indicateur progresse depuis 2021, après une période de relative stabilité autour de 10,5.
- Il réunit deux réalités distinctes : les enfants nés sans vie et ceux décédés durant leur première semaine.
- La prématurité est le facteur de risque dominant, loin devant les autres.
- Les écarts sociaux et territoriaux sont marqués, avec un taux nettement supérieur en Outre-mer.
- Les facteurs identifiés n’expliquent qu’une partie de la hausse.
Dans cet article :
Les chiffres publiés
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques — la Drees, service statistique des ministères sociaux — a publié une étude portant sur la mortalité périnatale en France.
Pour l’année 2024, l’indicateur dépasse 11 pour 1 000 naissances. En valeur absolue, cela représente 7 398 enfants nés sans vie ou décédés au cours de leur première semaine, sur 661 822 naissances.
La tendance compte autant que le niveau. Entre 2014 et 2021, le taux fluctuait autour de 10,5 pour 1 000. Il progresse depuis 2021, avec une accélération en 2024.
Cette évolution situe la France dans le bas du classement des pays de l’Union européenne pour cet indicateur — une position qui contraste avec celle qu’elle occupait dans les années 1990.
Ce que mesure cet indicateur
Un point de méthode utile avant d’interpréter, et qui manque souvent dans les reprises de ce type de données.
La mortalité périnatale agrège deux situations différentes : la mortinatalité, c’est-à-dire les enfants nés sans vie, et la mortalité néonatale précoce, c’est-à-dire les décès survenus dans les sept premiers jours.
Ces deux composantes n’ont pas les mêmes déterminants. La première relève surtout du déroulement de la grossesse et du dépistage des complications ; la seconde de la prise en charge à la naissance et en néonatalogie.
Une précision supplémentaire, régulièrement soulevée par les épidémiologistes : les modalités d’enregistrement des enfants nés sans vie ont évolué en France au fil des années. Une part de la progression observée sur longue période peut ainsi refléter un changement de comptage plutôt qu’une dégradation réelle. Cela n’annule pas la tendance récente, mais invite à la prudence dans les comparaisons dans le temps et entre pays.
Les facteurs de risque identifiés
Le risque n’est pas réparti uniformément entre les naissances. Trois éléments ressortent.
La prématurité domine largement. Selon les données rapportées, le risque de mort périnatale est 63 fois plus élevé pour une naissance prématurée que pour une naissance à terme. Aucun autre facteur n’approche cet ordre de grandeur — ce qui explique pourquoi la prévention de la prématurité occupe une place centrale dans le suivi de grossesse.
Les grossesses multiples présentent un risque plus élevé, en grande partie parce qu’elles s’accompagnent plus souvent d’un accouchement prématuré.
L’âge maternel intervient aux deux extrémités : le risque est supérieur avant 20 ans et à partir de 40 ans.
Les mécanismes diffèrent selon l’âge. Chez les mères les plus jeunes, l’analyse renvoie plutôt à des conditions socio-économiques défavorables et à un suivi de grossesse moins régulier — deux éléments qui retardent le repérage des complications. Chez les mères de 40 ans et plus, les complications de grossesse et les anomalies fœtales sont plus fréquentes.
Les écarts sociaux
C’est l’un des enseignements les plus nets de l’étude.
En 2024, le taux atteignait 12 pour 1 000 dans les communes regroupant le cinquième de la population le plus défavorisé, contre 9,5 pour 1 000 dans celles rassemblant les populations les moins défavorisées.
Cet écart d’environ un quart ne s’explique pas par des différences biologiques. Il renvoie à l’accès aux soins, au moment où le suivi commence, à sa régularité, aux conditions de logement et de travail pendant la grossesse, et à la possibilité de s’arrêter quand c’est nécessaire.
Les écarts entre territoires
La dimension géographique est tout aussi marquée.
Le taux était 2,3 fois plus élevé en Guadeloupe qu’en Auvergne-Rhône-Alpes. Plus largement, les départements et régions d’Outre-mer affichaient un taux supérieur de 60 % à celui de la France métropolitaine.
Ces écarts recouvrent plusieurs réalités : densité et répartition de l’offre de soins, distance aux maternités de niveau adapté, délais de prise en charge, et conditions socio-économiques qui se cumulent souvent avec les précédentes.
Ce qui reste sans explication
C’est le point le plus important de l’étude, et le moins repris.
Les services statistiques soulignent que les facteurs de risque connus — prématurité, grossesses multiples, âge maternel — et leur évolution dans le temps n’expliquent qu’une partie de l’augmentation observée depuis 2014.
Autrement dit, la composition des naissances a changé, mais pas assez pour rendre compte de toute la hausse. Quelque chose d’autre intervient, et les données disponibles ne permettent pas de le désigner.
Plusieurs pistes sont discutées dans le champ de la santé publique — organisation de l’offre de soins périnatals, démographie des professionnels, évolution de l’état de santé général des femmes en âge de procréer. Aucune n’est établie par cette étude, qui ne conclut pas sur les causes.
C’est une nuance qui mérite d’être conservée : constater une tendance et en identifier la cause sont deux exercices distincts.
Ce que ces chiffres signifient pour une famille
Une question légitime pour toute personne enceinte ou envisageant de l’être.
Ces données sont populationnelles, pas individuelles. Un taux de 11 pour 1 000 décrit ce qui se produit à l’échelle du pays sur une année. Il ne constitue pas une probabilité applicable à une grossesse donnée, dont le risque dépend de la situation propre : antécédents, âge, état de santé, déroulement du suivi.
Un autre repère utile : rapporté à l’échelle individuelle, cet indicateur reste faible, et la très grande majorité des grossesses se déroule sans complication de cette nature.
Ce que ces chiffres justifient, en revanche, c’est de ne pas différer ce qui relève du suivi — car les facteurs modifiables identifiés relèvent largement du repérage précoce.
Le suivi de grossesse en France
Quelques éléments concrets, puisque l’étude désigne le suivi comme un facteur.
La déclaration de grossesse ouvre la prise en charge à 100 % des examens obligatoires. Elle se fait avant la fin du troisième mois.
Sept consultations prénatales et trois échographies sont prévues dans le suivi standard, remboursées.
L’entretien prénatal précoce, proposé au premier trimestre, est un temps d’échange distinct des consultations médicales. Il permet d’aborder ce qui n’entre pas dans un examen : conditions de vie, isolement, difficultés psychologiques, situation professionnelle. Il est pris en charge et souvent sous-utilisé.
Le suivi peut être assuré par une sage-femme, un médecin généraliste ou un gynécologue, selon le niveau de risque. En cas de difficulté d’accès, les centres de PMI assurent un suivi gratuit.
Sur les traitements en cours, une règle vaut d’être rappelée : n’arrêtez rien seule en découvrant une grossesse. Une maladie chronique déséquilibrée expose davantage que la plupart des traitements. Notre guide des médicaments pendant la grossesse indique la référence française à consulter.
Sur le tabac, l’arrêt est bénéfique à tout stade, et les substituts nicotiniques sont utilisables sur avis médical — voir notre article pour celles qui envisagent d’arrêter de fumer.
Les signes qui imposent de consulter
Contactez immédiatement votre maternité, votre sage-femme ou le 15 devant :
Une diminution ou une absence des mouvements du bébé. C’est le signe le plus important du troisième trimestre, et celui que l’on hésite le plus à signaler. N’attendez pas le lendemain, et ne cherchez pas à « vérifier » plusieurs heures.
- des saignements vaginaux ;
- des contractions douloureuses et régulières avant terme ;
- une perte de liquide ;
- une fièvre, surtout au-delà de 38 °C ;
- des maux de tête intenses avec troubles de la vision, une douleur en barre sous les côtes, un gonflement brutal du visage ou des mains — signes évoquant une pré-éclampsie ;
- des vomissements empêchant toute prise de boisson ;
- une douleur ou un gonflement d’un mollet, un essoufflement brutal.
Il vaut mieux consulter pour rien que de laisser passer. C’est exactement ce que les équipes attendent.
Ce qu’il faut retenir
Les données de la Drees documentent une dégradation réelle d’un indicateur suivi de près, et des inégalités sociales et territoriales persistantes.
Elles ne désignent pas de cause unique, et une part de la hausse reste inexpliquée par les facteurs connus. C’est précisément ce qui en fait un signal de santé publique appelant une attention renforcée, plutôt qu’un constat refermé.
À l’échelle individuelle, le message est plus simple : le suivi de grossesse est ce sur quoi on peut agir, et il fonctionne mieux quand il commence tôt.
À retenir
- Plus de 11 pour 1 000 naissances en 2024, en hausse depuis 2021.
- L’indicateur agrège mortinatalité et décès de la première semaine.
- La prématurité multiplie le risque par 63 par rapport à un terme.
- 12 pour 1 000 dans les communes les plus défavorisées contre 9,5 dans les moins défavorisées.
- Taux supérieur de 60 % en Outre-mer par rapport à la métropole.
- Une diminution des mouvements du bébé impose un appel immédiat.
Sources et pour aller plus loin
- Drees — étude à l’origine de ces données et publications sur la santé périnatale.
- Santé publique France — surveillance de la santé périnatale et Enquête nationale périnatale.
- Assurance Maladie (ameli.fr) — suivi de grossesse, examens et prise en charge.
- Haute Autorité de santé (HAS) — recommandations sur le suivi de grossesse.
Information et non avis médical
Cet article présente des données statistiques à l’échelle nationale. Elles ne constituent pas une évaluation du risque d’une grossesse particulière et ne remplacent pas le suivi assuré par votre sage-femme ou votre médecin. Voir notre clause de non-responsabilité.
En cas d’urgence, contactez votre maternité ou composez le 15 (SAMU) ou le 112. Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent joindre le 114 par SMS. En cas de souffrance psychique ou d’idées noires, le 3114 est joignable gratuitement, 24 h/24.