Points clés

  • La dose se calcule sur le poids, jamais sur l’âge. C’est la règle numéro un.
  • La pipette fournie est graduée en kilos, pas en millilitres — et elle n’est valable que pour son propre flacon.
  • Jamais d’aspirine chez l’enfant ou l’adolescent, sauf prescription spécialisée.
  • Pas d’ibuprofène en cas de varicelle ni, en règle générale, devant une infection : le paracétamol est à privilégier.
  • Une fièvre avant 3 mois est une urgence, quel que soit l’aspect de l’enfant.
  • Une tache qui ne s’efface pas à la pression chez un enfant fiévreux impose d’appeler le 15 immédiatement.

Les deux médicaments de base

Il est tard, un cri vous réveille, et vous posez la main sur un petit front brûlant. Le réflexe suivant est toujours le même : où est le médicament ?

Pour la grande majorité des situations courantes, deux molécules suffisent.

Le paracétamol est le traitement de première intention pour la fièvre et la douleur. Utilisable dès le premier mois de vie, bien toléré, avec très peu de contre-indications. C’est celui qu’il faut avoir chez soi.

L’ibuprofène agit également sur l’inflammation. Il est réservé à l’enfant de plus de trois mois et pesant plus de six kilos — mais il demande davantage de précautions, détaillées plus bas.

Ces deux médicaments s’obtiennent sans ordonnance, en pharmacie, avec un conseil du pharmacien. Notre article sur le paracétamol détaille son fonctionnement.

La règle du poids

C’est le principe qui prime sur tous les autres.

La dose se calcule à partir du poids actuel de l’enfant, pas de son âge. Deux enfants de quatre ans peuvent peser douze et vingt kilos : leur dose n’est pas la même.

Les repères habituels :

 ParacétamolIbuprofène
Par prise15 mg par kilo7,5 à 10 mg par kilo
Intervalle minimum6 heures6 à 8 heures
Maximum par 24 h60 mg par kilo30 mg par kilo
À partir de1 mois3 mois et 6 kg

Ces valeurs sont des repères : la posologie exacte figure sur la notice du produit que vous avez, et les concentrations diffèrent d’une présentation à l’autre.

Deux conséquences pratiques :

  • Pesez l’enfant régulièrement. Un enfant grandit vite, et une dose adaptée il y a six mois ne l’est plus. Notez le poids sur le carnet de santé ou sur le flacon.
  • Ne fractionnez jamais une forme adulte. Un comprimé coupé en deux ne donne pas une dose pédiatrique, et beaucoup ne sont pas sécables.

La pipette : l’outil le plus mal utilisé

Voici l’information la plus concrète de cette page, et celle qui provoque le plus d’erreurs.

La pipette est graduée en kilos, pas en millilitres.

Sur la plupart des suspensions pédiatriques de paracétamol vendues en France, les graduations correspondent directement au poids de l’enfant. Vous remplissez jusqu’au trait correspondant à son poids — le calcul est déjà fait.

Une pipette ne s’utilise qu’avec son propre flacon. Deux produits différents n’ont pas la même concentration : utiliser la pipette de l’un avec le flacon de l’autre conduit à un surdosage ou à un sous-dosage.

Le reste des règles de mesure :

  • Jamais de cuillère de cuisine. Le volume varie du simple au double selon le modèle.
  • Vérifiez la graduation avant chaque prise, surtout la nuit, surtout si vous êtes fatigué.
  • Notez l’heure de chaque prise. Le double dosage par deux adultes qui ne se sont pas concertés est l’accident domestique le plus fréquent avec les médicaments pédiatriques.
  • Une pipette perdue se remplace en pharmacie — n’improvisez pas.

En cas de doute sur une dose déjà administrée, voir notre article sur le surdosage accidentel — et contactez un centre antipoison sans attendre l’apparition de symptômes.

Comprendre la fièvre

Un point qui change la façon d’aborder la nuit : la fièvre n’est pas une maladie. C’est une réponse immunitaire, et elle participe à la défense de l’organisme.

L’objectif n’est donc pas de faire descendre le thermomètre à tout prix, mais d’améliorer le confort de l’enfant. Un enfant qui a 39 °C mais joue, boit et interagit ne nécessite pas forcément de traitement. Un enfant abattu à 38,5 °C, si.

Ce qui compte : le comportement, l’hydratation et la tolérance, plus que le chiffre.

Les mesures simples conservent tout leur intérêt : découvrir l’enfant sans le dénuder complètement, maintenir une pièce autour de 19 °C, proposer à boire fréquemment. Les bains frais et les enveloppements ne sont plus recommandés — ils sont inconfortables et sans bénéfice démontré.

Sur l’alternance des deux médicaments : la pratique consistant à alterner systématiquement paracétamol et ibuprofène n’est pas recommandée en première intention. Elle multiplie le risque d’erreur de dose et n’apporte pas de bénéfice clair. Un seul médicament, correctement dosé, suffit dans la grande majorité des cas — et si cela ne suffit pas, c’est une raison de consulter, pas d’ajouter.

Pourquoi l’ibuprofène demande plus de prudence

Il est efficace, et parfaitement utilisable dans les bonnes situations. Mais trois réserves valent d’être connues.

La varicelle : contre-indication. L’ibuprofène ne doit pas être donné à un enfant atteint de varicelle. Il augmente le risque de complications cutanées bactériennes graves. En cas de varicelle, paracétamol uniquement.

Les infections en général : prudence. Les autorités sanitaires françaises ont alerté sur le risque d’aggravation de complications infectieuses sous ibuprofène. Devant une fièvre dont la cause n’est pas identifiée, le paracétamol est à privilégier.

La déshydratation. En cas de vomissements, de diarrhée ou de faible prise de boisson, l’ibuprofène peut retentir sur les reins. C’est une situation fréquente chez l’enfant fiévreux.

Notre guide des anti-inflammatoires détaille ces précautions.

Point pratique : donnez l’ibuprofène pendant ou après un repas, et assurez-vous que l’enfant boit suffisamment.

Ce qu’il ne faut jamais donner

L’aspirine. Jamais chez l’enfant ni l’adolescent, sauf prescription spécialisée dans un contexte précis. Elle est associée au syndrome de Reye, atteinte rare mais grave du foie et du cerveau, survenant notamment au décours d’une infection virale. Vérifiez la composition : l’aspirine se cache sous le nom d’acide acétylsalicylique.

Les médicaments contre la toux et le rhume avant 6 ans. Leur bénéfice n’est pas démontré chez le jeune enfant et leurs effets indésirables sont réels. Plusieurs catégories — mucolytiques, mucofluidifiants, certains antitussifs — sont formellement contre-indiquées avant deux ans en France. Notre article sur les médicaments du rhume détaille ce point. Devant un rhume, le lavage de nez au sérum physiologique reste le geste le plus utile.

Un antihistaminique pour faire dormir. Pratique ancienne et dangereuse : les effets sont imprévisibles chez l’enfant, allant de la sédation profonde à l’agitation paradoxale. Voir notre guide des antihistaminiques et notre article sur la somnolence médicamenteuse.

Un médicament prescrit à quelqu’un d’autre. Y compris à un frère ou une sœur, y compris pour « les mêmes symptômes ». Cela vaut particulièrement pour les antibiotiques : notre article sur les antibiotiques explique pourquoi un reste de traitement ne se garde jamais.

Un remède de grand-mère à base de plantes ou d’huiles essentielles sans avis pharmaceutique. Plusieurs huiles essentielles sont neurotoxiques chez le jeune enfant et peuvent provoquer des convulsions.

Les signes qui imposent d’appeler le 15

Une tache qui ne s’efface pas à la pression. Appuyez un verre transparent sur une tache rouge ou violacée : si elle reste visible à travers le verre, chez un enfant fiévreux ou mal en point, appelez le 15 immédiatement. C’est le signe possible d’une infection grave qui se traite en urgence.

Toute fièvre chez un bébé de moins de 3 mois, même si l’enfant paraît aller bien, et même à 38 °C. Ne donnez pas d’antipyrétique avant l’avis médical : il masquerait l’évolution.

Appelez également sans attendre devant :

  • un enfant difficile à réveiller, anormalement mou ou au contraire inconsolable ;
  • une difficulté à respirer : respiration rapide, creusement entre les côtes, battement des ailes du nez, lèvres bleutées ;
  • une convulsion ;
  • une raideur de la nuque, une gêne à la lumière, des vomissements répétés ;
  • des signes de déshydratation : moins de couches mouillées, bouche sèche, absence de larmes, yeux cernés, fontanelle creusée chez le nourrisson ;
  • une fièvre persistant plus de 3 jours, ou qui réapparaît après une amélioration ;
  • une douleur intense ou un enfant qui refuse de bouger un membre.

Règle simple : faites confiance à votre impression. Un parent qui trouve son enfant « pas comme d’habitude » a très souvent raison, avant même que les signes objectifs n’apparaissent.

Faire accepter un médicament

La partie que personne ne raconte, et qui décide pourtant du succès.

  • Ne dites jamais que c’est un bonbon. C’est tentant sur le moment, et c’est ce qui conduit un enfant à se servir seul plus tard.
  • Nommez ce que vous faites simplement : c’est un médicament, il va t’aider à te sentir mieux.
  • Visez l’intérieur de la joue, lentement, plutôt que le fond de la gorge — cela réduit le réflexe de recracher.
  • En cas de vomissement immédiat, ne redonnez pas la dose sans demander conseil : le risque de surdosage est réel.
  • Les suppositoires restent utiles quand l’enfant vomit, mais l’absorption est moins régulière que par voie orale.
  • Un enfant qui recrache systématiquement tolère parfois une autre présentation : sachet, comprimé orodispersible, autre goût. Le pharmacien peut proposer une alternative.

Et à la crèche ou à l’école : ne confiez jamais un médicament sans document écrit du médecin. Les règles sont strictes et protègent l’enfant.

Le rangement, qui évite l’accident

Les médicaments figurent parmi les premières causes d’intoxication accidentelle chez le jeune enfant. Un flacon de sirop rose et sucré ressemble à une découverte.

  • En hauteur ET fermé. Une étagère haute ne suffit pas : un enfant de trois ans grimpe. Une boîte ou un placard fermé à clé est la seule protection fiable.
  • Cela vaut aussi pour les vitamines, le fer et les compléments — le fer est une cause classique d’intoxication grave chez l’enfant.
  • Attention aux sacs à main, aux tables de nuit et aux visites chez les grands-parents : c’est là que se produisent beaucoup d’accidents.
  • Les bouchons sécurisés ne sont pas infaillibles, seulement plus lents à ouvrir.
  • Rapportez ce qui ne sert plus en pharmacie — voir notre article sur le tri de l’armoire à pharmacie.

Le numéro du centre antipoison de votre région mérite d’être enregistré dans votre téléphone. En cas d’ingestion, appelez immédiatement, sans attendre de symptômes, sans faire vomir et sans faire boire — et gardez la boîte sous la main.

L’essentiel

Donner un médicament à un enfant en sécurité ne demande pas d’être parfait. Cela demande de respecter quelques règles qui ne se discutent pas : le poids plutôt que l’âge, la pipette du flacon, jamais d’aspirine, et un appel dès qu’un doute sérieux apparaît.

Le reste — l’inquiétude à trois heures du matin, l’impression de ne jamais être sûr — fait partie du métier de parent, et il n’existe aucun guide pour l’effacer.

À retenir

  • La dose se calcule sur le poids actuel, jamais sur l’âge.
  • La pipette est graduée en kilos et n’appartient qu’à son flacon.
  • Notez l’heure de chaque prise pour éviter le double dosage.
  • Pas d’ibuprofène en cas de varicelle ; paracétamol devant une fièvre non expliquée.
  • Jamais d’aspirine, jamais de médicament d’un autre enfant.
  • Tache qui ne s’efface pas à la pression, ou fièvre avant 3 mois : appelez le 15.

Pour aller plus loin

Les ressources institutionnelles suivantes proposent une information de référence :

Information et non avis médical

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas une consultation. Les posologies indiquées sont des repères généraux : seule la notice du médicament et l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien font foi pour votre enfant. Ne donnez aucun médicament à un nourrisson sans avis médical. Voir notre clause de non-responsabilité.

En cas d’urgence, composez le 15 (SAMU) ou le 112. En cas d’ingestion accidentelle, appelez immédiatement un centre antipoison sans attendre de symptômes. Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent joindre le 114 par SMS.