Qu’est-ce que la cirrhose ?
Le foie assure des centaines de fonctions : fabrication des protéines du sang et des facteurs de coagulation, élimination des toxines et des médicaments, production de la bile, stockage du sucre. Il possède une capacité de régénération exceptionnelle, mais celle-ci a des limites.
Lorsqu’une agression se répète pendant des années — alcool, virus, surcharge en graisse — les cellules détruites sont remplacées par du tissu cicatriciel. Cette fibrose progresse par étapes jusqu’au stade de cirrhose, où elle forme des cloisons rigides isolant des îlots de cellules régénérées, les nodules. Le foie devient dur, bosselé et souvent plus petit.
Deux conséquences distinctes
L’insuffisance hépatique résulte de la perte de cellules fonctionnelles : la fabrication d’albumine et de facteurs de coagulation diminue, l’élimination des toxines se dégrade.
L’hypertension portale est un phénomène mécanique. Le sang venant de l’intestin doit traverser le foie ; la fibrose fait obstacle à son passage et la pression monte en amont. Le sang emprunte alors des voies de dérivation, qui se dilatent : ce sont les varices de l’œsophage. C’est ce mécanisme, et non l’insuffisance hépatique, qui explique les hémorragies digestives et une grande partie de l’ascite.
Compensée ou décompensée : la distinction qui gouverne tout
La cirrhose compensée est asymptomatique. Elle peut durer dix à quinze ans et l’espérance de vie y reste proche de la normale si la cause est supprimée.
La cirrhose décompensée se définit par la survenue d’une complication : ascite, hémorragie par rupture de varices, encéphalopathie ou jaunisse. Le pronostic devient alors nettement plus sévère et la question de la transplantation se pose.
Une fibrose partiellement réversible
Longtemps considérée comme définitive, la fibrose peut régresser lorsque la cause disparaît : arrêt complet de l’alcool, guérison d’une hépatite C, correction du syndrome métabolique. La régression est d’autant plus nette que la cirrhose est prise au stade compensé. Ce constat a transformé le discours médical : il ne s’agit plus seulement de ralentir, mais parfois de faire reculer la maladie.
Causes
La cirrhose n’est jamais spontanée : elle est toujours l’aboutissement d’une maladie chronique du foie évoluant depuis des années. Identifier la cause est déterminant, car la supprimer reste le seul traitement capable de modifier le cours de la maladie. Plusieurs causes coexistent fréquemment et leurs effets se multiplient.
- Consommation chronique d’alcool: Première cause en France. Le foie métabolise l’alcool en acétaldéhyde, toxique pour les cellules hépatiques, et cette dégradation favorise l’accumulation de graisse puis l’inflammation. Le passage à la fibrose demande généralement plusieurs années de consommation importante, avec de fortes variations individuelles. L’alcoolisme chronique reste la cause la plus fréquente de décompensation.
- Maladie stéatosique du foie liée au syndrome métabolique: Cause en forte progression, aujourd’hui appelée MASLD dans la littérature internationale après avoir été désignée sous le terme de stéatose hépatique non alcoolique. Elle associe surcharge en graisse, résistance à l’insuline et inflammation. Elle survient chez des personnes présentant obésité abdominale, diabète de type 2 ou anomalies lipidiques, et peut évoluer vers la cirrhose sans aucune consommation d’alcool.
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Hépatites virales chroniques B et C:
Le virus entretient une inflammation permanente du foie. L’hépatite C est aujourd’hui guérie dans la très grande majorité des cas par des traitements antiviraux directs de quelques semaines, ce qui a transformé le pronostic. L’hépatite B se contrôle par un traitement au long cours et se prévient par la vaccination.
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Maladies auto-immunes et cholestatiques:
L’hépatite auto-immune, la cholangite biliaire primitive et la cholangite sclérosante primitive détruisent progressivement les cellules du foie ou les canaux biliaires. Plus rares, elles disposent de traitements spécifiques et justifient un diagnostic précis.
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Surcharges et causes génétiques:
L’hémochromatose entraîne une accumulation de fer, la maladie de Wilson une accumulation de cuivre. Toutes deux sont accessibles à un traitement lorsqu’elles sont reconnues avant le stade de cirrhose, ce qui justifie de les rechercher systématiquement.
Facteurs de risque
Ces facteurs accélèrent la progression de la fibrose ou augmentent le risque de complication. Leur cumul est la règle plutôt que l’exception : un consommateur d’alcool en surpoids et porteur d’une hépatite évolue beaucoup plus vite que la somme des risques isolés.
- Association de plusieurs causes: Alcool et syndrome métabolique, ou alcool et hépatite virale, produisent un effet multiplicatif sur la vitesse de fibrose. Les hépatites virales B et C accélèrent nettement l’évolution chez un consommateur d’alcool.
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Sexe et facteurs individuels:
À consommation d’alcool équivalente, les femmes développent une atteinte hépatique plus rapidement, en raison notamment d’un métabolisme différent de l’éthanol.
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Obésité et diabète de type 2:
Ils favorisent la surcharge en graisse et l’inflammation du foie, et aggravent l’évolution quelle que soit la cause initiale.
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Âge au moment de l’exposition:
Une hépatite contractée tardivement ou une exposition prolongée après 50 ans s’accompagnent d’une progression plus rapide.
- Tabac: Il augmente le risque de cancer du foie chez les personnes déjà atteintes de cirrhose, indépendamment de la cause. Les aides relevant de l’arrêt du tabac font partie de la prise en charge.
- Atteinte pancréatique associée: L’alcool agresse simultanément le foie et le pancréas. Une pancréatite chronique coexiste fréquemment avec la cirrhose alcoolique et complique la prise en charge nutritionnelle.
- Certains médicaments et compléments: Des atteintes hépatiques peuvent résulter de traitements au long cours ou de compléments alimentaires, notamment certains produits à base de plantes perçus comme anodins. Tout produit consommé doit être signalé au médecin.
