Un cerveau hyperexcitable
Le cerveau migraineux réagit plus intensément que la moyenne aux variations de son environnement interne et externe : lumière, bruit, rythme de sommeil, variations hormonales, jeûne. Cette hyperexcitabilité, constitutionnelle et en grande partie génétique, définit le terrain.
Lors d’une crise, une vague d’activation puis d’inhibition se propage lentement à la surface du cortex — c’est le mécanisme de l’aura. Elle active ensuite le système trigéminovasculaire, réseau de fibres nerveuses innervant les enveloppes du cerveau, qui libèrent des substances inflammatoires dont le CGRP. Ce peptide dilate les vaisseaux et amplifie le signal douloureux.
La dilatation des vaisseaux, longtemps considérée comme la cause, apparaît donc comme une conséquence. Ce renversement explique pourquoi les traitements ciblant directement le CGRP se sont révélés bien plus efficaces que ceux agissant sur le calibre des artères.
Une crise en quatre phases
Les prodromes précèdent la céphalée de quelques heures à deux jours : bâillements répétés, fatigue, irritabilité, envies alimentaires précises, sensibilité aux odeurs. Ils annoncent la crise et permettent souvent de la reconnaître avant qu’elle ne s’installe.
L’aura concerne environ un migraineux sur quatre. Elle dure de cinq à soixante minutes et régresse complètement. La forme visuelle domine : points brillants, lignes en zigzag, tache aveugle s’étendant progressivement dans le champ visuel.
La céphalée dure de quatre à soixante-douze heures sans traitement. Elle est typiquement unilatérale, pulsatile, aggravée par le moindre effort, et s’accompagne de nausées et d’une intolérance à la lumière et au bruit.
Les postdromes laissent une fatigue et des difficultés de concentration pendant un à deux jours après la fin de la douleur.
Le piège des antalgiques
Point le plus important en pratique. Lorsqu’un traitement de crise est pris trop fréquemment, le cerveau s’adapte et les céphalées deviennent quotidiennes ou presque : c’est la céphalée par abus médicamenteux.
Les seuils sont précis : à partir de dix jours par mois pour les triptans, les opioïdes et les associations d’antalgiques, et de quinze jours par mois pour les antalgiques simples. Le patient prend alors davantage de médicaments parce qu’il a plus mal, et a plus mal parce qu’il prend davantage de médicaments. Cette cause est l’une des plus fréquentes de céphalée chronique quotidienne, et elle est réversible.
Ce qu’il ne faut pas confondre
La céphalée de tension donne une douleur en casque, bilatérale, non pulsatile, sans nausées ni aggravation à l’effort. L’algie vasculaire de la face provoque des crises très brèves, strictement unilatérales, autour de l’œil, avec larmoiement et nez bouché du même côté. Enfin, un mal de tête d’apparition brutale et explosive n’est jamais une migraine et impose un avis en urgence.
Causes
La migraine repose sur un terrain génétique sur lequel agissent des facteurs déclenchants. Une nuance importante et rarement expliquée : plusieurs prétendus déclencheurs sont en réalité des symptômes de la phase qui précède la crise — l’envie de chocolat n’est pas la cause, elle est le début de la crise.
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Prédisposition génétique:
Facteur central. Deux tiers des migraineux ont un antécédent familial. De nombreux gènes influencent l’excitabilité des neurones et le fonctionnement des canaux ioniques. Il s’agit d’une susceptibilité transmise, non d’une maladie héréditaire au sens strict.
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Libération de CGRP:
Ce peptide, libéré par les fibres nerveuses innervant les enveloppes du cerveau, dilate les vaisseaux et amplifie la transmission du signal douloureux. Son identification a permis de développer des traitements le bloquant spécifiquement, première avancée réellement ciblée dans cette maladie.
- Variations hormonales: La chute des œstrogènes en fin de cycle explique les migraines menstruelles, souvent plus intenses et plus longues. La prédominance féminine apparaît à la puberté et s’atténue après la ménopause. L’association avec l’endométriose est plus fréquente que dans la population générale.
- Irrégularités du rythme de vie: Manque ou excès de sommeil, repas sauté, déshydratation, changement brutal d’horaires. Le cerveau migraineux tolère mal les variations : c’est la régularité, plus que le contenu des habitudes, qui protège.
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Faux déclencheurs alimentaires:
Chocolat, fromage et vin rouge sont massivement incriminés. Les études contrôlées ne confirment pas leur rôle : l’envie de chocolat survenant avant la crise appartient aux prodromes. Supprimer ces aliments prive sans bénéfice, alors que le jeûne, lui, déclenche réellement des crises.
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Abus d’antalgiques:
Mécanisme majeur de passage à la chronicité. La prise trop fréquente de traitements de crise modifie les seuils de perception de la douleur et entretient les céphalées. C’est une cause fréquente, réversible, et pourtant rarement identifiée spontanément.
Facteurs de risque
Ces éléments augmentent la fréquence des crises ou le risque d’évolution vers une forme chronique. Le premier constitue un point de sécurité et non un simple facteur de risque.
- Migraine avec aura et œstrogènes: Point de sécurité essentiel. Chez une femme migraineuse avec aura, une contraception contenant des œstrogènes augmente le risque d’accident vasculaire cérébral et n’est pas recommandée. D’autres options existent, à discuter dans le cadre du suivi en santé des femmes.
- Tabagisme associé à l’aura: Le tabac multiplie le risque vasculaire des migraineuses avec aura, en particulier en association avec une contraception œstroprogestative. L’arrêt du tabac modifie directement les options contraceptives disponibles.
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Sexe féminin:
La migraine est trois fois plus fréquente chez les femmes après la puberté, du fait des variations hormonales. Les crises menstruelles sont souvent les plus sévères et les plus résistantes.
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Fréquence élevée des crises:
Au-delà de quatre jours de migraine par mois, le risque d’évoluer vers une forme chronique augmente nettement. C’est le seuil à partir duquel un traitement de fond se discute, précisément pour éviter cette évolution.
- Troubles anxieux et dépressifs: La dépression et le trouble panique sont deux à trois fois plus fréquents chez les migraineux, avec une relation bidirectionnelle. Leur prise en charge améliore le contrôle des crises.
- Autres syndromes douloureux: Le syndrome de l’intestin irritable et la fibromyalgie coexistent fréquemment avec la migraine, traduisant un terrain commun d’amplification de la douleur.
- Facteurs vasculaires: Chez les migraineuses avec aura, l’hypertension artérielle et les facteurs de risque vasculaire majorent le risque d’accident ischémique. Leur contrôle prend ici une importance particulière.
